Critiques de La Chaîne brisée
Dans la Chaîne brisée, Bradley décrit la caste de Ténébreuse qui porte ses
revendications féministes. Le sujet est extrêment approfondi; les personnages
plus vivants que jamais. Ses trois héroïnes (Rohana Ardais , Jaelle n'ha
Melora, Magdalen Lorne) sont confrontées à la caste des Amazones et devront
choisir en connaissance de cause leur condition de femme : vivre parmi les
Comyn et se servir d'un mari pour diriger, ou vivre parmi les Amazones et
respecter le rigoureux serment des Amazones Libres qui fait des assermentées,
des femmes totalement libres de vivre en dehors de la structure sociale
phallocrate ténébrane. Une belle réussite que ce roman donc, et qui annonce
déjà la très grande qualité de la Maison des Amazones qui décrira plus
précisément la structure interne des institutions de la caste.
Le meilleur roman de Marion Zimmer Bradley... (Jean-Marc Suzzoni)
Voici enfin décrite la vie dans les villes sèches (sans doute créées par les
naufragés d'origine galicienne ?) toute empreinte d'un machisme typiquement
méditerranéen (ou sud-américain) et où les femmes (influencées par leur
culture) sont heureuses de leur vie de seconde zone (ce que certains appellent
le syndrome de l'ancien combattant... "Ma fille, moi ta mère, j'ai souffert,
toi tu souffriras"...).
MZB nous montre aussi que derrière les traditions, plus libérales de la
culture comyn (mais il y a toujours ce détail du mariage arrangé entre
familles seigneuriales, pour conserver le "laran"), se cachent à la fois des
droits et des devoirs pour chacun des individus... Rohana Ardais est une
épouse exemplaire et très docile en apparence devant un mari à la limite de
l'imbécilité, ce qui irrite fort Jaelle devenue une Amazone. Mais seul le
lecteur sait que ce que cache cette docilité de la dame comynara. Et Jaelle se
rendra compte à un moment crucial de sa vie que sa liberté d'Amazone n'est
qu'apparente et est difficilement conciliable avec son Serment... (Je ne suis
pas d'accord avec Jildaz quand il dit que la société ténébrane est
phallocrate... C'est un peu excessif... C'est plus subtil que cela : je dirais
patriarcale, avec de bonnes doses de matriarcat).
C'est aussi la première fois que les difficultés de la coopération entre
terriens et ténébrans sont aussi bien présentées. La Cité du Commerce et son
spacioport semblent bien être un gros appendice inutile à la ville ténébrane
de Thendara. On retrouve l'un des thèmes favoris de MZB : opposer la
technologie terrienne "dure" aux technologies ténébranes "douces" (culture et
élevage biologiques style "Larzac" et télékinésie)...
Enfin (et c'est sans doute ce qu'ont apprécié aussi les lecteurs américains),
cette première description de la caste des Amazones libres est un
chef-d'oeuvre... Et si, comme tous, j'ai beaucoup aimé les personnages de
Jaelle, de Magda et de Rohana, j'ai toujours eu un petit faible pour cette
vieille baroudeuse de Kindra...
Remarquons finalement, que dans ce roman, le féminisme de MZB n'est pas trop
marqué, trop démonstratif, et il y a une recherche d'équilibre entre les
thèses qu'affichent les personnages sur ce point précis. Et c'est le respect
de l'individu et de ses choix personnels dans la société que semble ici
prêcher MZB...
S'il ne fallait garder qu'un seul texte de MZB, et brûler tous les autres, il
n'y a pas à chercher loin, c'est celui-là que je garderais... Je l'ai lu il y
a fort longtemps, presque 17 ans... Il est parti en Algérie avec moi, il est
revenu en France dans mes malles, et c'est toujours la vieille édition d'Albin
Michel qui se trouve dans ma bibliothèque en dépit de sa couverture
avachie... J'ai sans doute dû le relire aussi souvent que The Lord of the
Rings..., c'est à dire pas loin de 20 fois. Essayez-le à votre tour...
Critique en forme de réponse (Sandrine Gustin)
Même si lors de la première lecture, on ressort de La Chaîne brisée avec
l'envie de descendre dans la rue et de brûler son soutien-gorge en signe de
rébellion, il ne faut pas s'y fier...
Quelques temps passent et Jaelle, Magda et Rohana nous hantent toujours, oui,
ce sont elles qui nous hantent, et non pas les revendications féminines et
autres dénonciations du machisme . Nous serions nous attachés à ces femmes si
femmes justement ? Ces autres miroirs de nous mêmes qui semblent nous refléter
à chaque âge...
Jaelle tellement authentique dans cette adolescence révoltée et trop perdue
entre l'idéal et la réalité et leurs inévitables concessions...
Magda trop vraie dans cette jeune femme sûre de ces choix et d'elle-même et
tellement désemparée de se découvrir fragile et hésitante...
Rohana véritable idéale de la femme mûre ayant appris à tout concilier ses
regrets, ses choix et ses obligations...
Le serment des amazones libres nous pose chacune devant nos choix et nos
ambitions, nous démontre toutes les contradictions que cela implique, notre
volonté d'être femme et de ne pas avoir à souffrir d'une quelconque
dévaluation et pourtant ! N'oublions pas que malgré toutes les pseudo avancées de
notre société, malgré toutes les révolutions culturelles, nous vivons dans une
société patriarcale qui semble peut-être moins barbare que Ténébreuse mais
seulement car l'illusion est plus parfaite.
La Chaîne brisée est un trésor car elle nous montre ce que nous pourrions être
si les circonstances le permettaient.
La Chaîne brisée est un trésor car elle nous confronte à nous mêmes.
La Chaîne brisée est un trésor car elle nous parle de personnages clés dans
l'évolution de Ténébreuse, quiconque admire Cleindori et ce qu'elle a osé
faire ne peut qu'être passionné par l'historique de ces antécédents.
La Chaîne brisée est un trésor car Magda nous ouvre une porte sur Ténébreuse,
et que les terranans que nous sommes ont besoin de penser "c'est
possible..."
fichier source (Dernière modification : Mer 21 Avr 1999 17:21:45)
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